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Et vogue la doxa

par Nicolas Robert

Paris, le 12 novembre 2009

A nouveau, la boucle est presque bouclée. Peut-être est-ce vraiment unique dans l’histoire de l’humanité : le monde se referme sur lui-même, il est clos, comme l’avenir qui s’assombrit. Ainsi parlent les prophètes, nombreux et faux, qui sont devenus par-là même globaux. La terre est leur périmètre d’action, leur champ de bataille, ils se frottent les mains à prédire et annoncer les confrontations de demain.

Alors le monde est koîné et doxa : langage commun et langue de bois. Toujours plus lourd, toujours plus pesant, le langage devient arme, menace, promesse, flagellation ou récompense. Les brigades des bonnes mœurs et civilités pavanent sur les trottoirs en quête de crottes mal léchées : en quête de poubelles mal triées.

La mer qu’on voit danser, tangue de douleur, pleine de déchets et de corps étrangers. On lui prend ses coraux, ses poissons, ses mollusques, toutes ses richesses sont pillées, en toute impunité. L’homme, pris d’une angoisse folle, ou saisis massivement par le mal, se met à détruire, casser, salir.

La bonne parole est sur toutes les bouches : sauver la mer ! Mais les hommes qui décident ne l’ont pas encore décider.

Alors, faisons diversion.

Construisons une nouvelle navette spatiale, haute de 90 mètres, prototype des navettes du futur, celles qui emmèneront quelques familles triées sur le volet, peupler les astres lointains. Celle-ci s’élance, prend son envol, fièrement, quelques instants, quelques minutes dans les feux de la technologie : elle a coûté quelques milliards, mais on en récupèrera qu’une petite partie. Environ 75 mètres de fusée vont s’engloutir dans l’océan. Impérissable sensation, pour quelques tonnes de matériaux non recyclables !

Soyons plus terre-à-terre, et construisons un grand bateau : le plus grand bateau jamais construit dans le monde, le plus « « in » », « « crazy » », « « amazing » ». 8.000 ouvriers ont travaillé dessus pendant des années : 360 mètres de long, à l’intérieur et sur le pont, des immeubles, centres commerciaux, piscines, appartements de deux étages, salles de concert, etc. etc., tout cela sur la mer ! Comment se représenter une telle masse se déplaçant sur les flots bleus, les dégâts improbables que cette grosse machine vraiment folle va provoquer sur « l’éco-système » dont on nous rabâche les oreilles ?

Voilà pour le fun, et pour l’avenir. En attendant, la doxa devient toujours plus menaçante, et la koîné, toujours plus cool.

Nicolas Robert



© Nicolas Robert / Organdi 2000-2007


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